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17/04/2012

Le blues de Karoutchi


Roger Karoutchi ( extrait inédit n°1) - Elysee... par IMAGEETCOMPAGNIE

On ne se lasse pas du spectacle. Pourtant, c’était il y a cinq mois. A Toulouse. Quand tout semblait possible. Du temps où le président n’était pas encore candidat. Du temps où les sondages, photographie de l’instant, ne prenaient pas encore tout leur sens. Roger Karoutchi était là, comme toujours, de bonne humeur et enthousiaste pour assurer le show devant un public friand de cet humour si caractéristique du sénateur des « hauts de scène ». Roger le vanneur, Roger le moqueur, Roger l’orateur. Ce n’est sans doute pas un hasard si, pendant deux ans, il fut chargé des relations avec le Parlement en tant que Secrétaire d’Etat auprès de François Fillon. Il sait rassembler, il sait mettre le feu… il sait faire et se faire applaudir. Mais il est loin le mois de novembre… il est loin le temps des espoirs.

Nous sommes le dimanche 15 avril, à sept jours du premier tour. Aujourd’hui, c’est certainement l’un des plus grands meetings du candidat Sarkozy. Pour l’occasion, Roger Karoutchi a donné rendez-vous aux militants et sympathisants UMP des Hauts-de-Seine à la permanence de la « fédé », 97 avenue Achille Peretti, à Neuilly-sur-Seine. Quelques mots rapides du Sénateur pour organiser l’après-midi et encourager les troupes avant de laisser place au buffet, bien garni, pour prendre des forces. Il en faut des forces pour braver le froid de ce dimanche glacial. Il en faut des forces pour montrer à la France entière que sur la place de la Concorde, à Droite, on y croit encore ! Dans le métro, les jeunes militants s’emparent des wagons. Les cris de « Vive Sarkozy » viennent se plaquer sur la mélodie révolutionnaire de « Bella Ciao », emmenée par une trompette vagabonde d’un musicien de passage. Drôles de révolutionnaires. La prochaine révolution à mener pour l’UMP, c’est celle des chiffres ! Faire mentir les sondages, mobiliser pour consolider le socle du « président-candidat » et faire le plein de voix dès le premier tour ; voilà l’enjeu de cette démonstration de force place de la Concorde. Mais derrière les drapeaux, les slogans et l’hystérie collective, le doute est palpable. Dans la foule, Roger Karoutchi tente de se frayer un chemin. Les poignées de main, ça passe ; les questions un peu moins. « Alors monsieur Karoutchi, on va gagner ? » Le sénateur joue le jeu ; la mécanique est rodée. « Mais oui, on va gagner. » Seulement cette fois-ci, la prestation du comédien est à peine crédible. Il sait bien que l’engouement n’est pas celui d’il y a cinq ans. Il sait que la réserve de voix au second tour est infime. Il sait que « l’anti-sarkozysme », à gauche comme à droite, fait recette. Il sait que les sondages ne sont vraiment pas bons. Il sait, il sait, il sait… A la Concorde, on évoque le chiffre de cent mille personnes. Mais le souvenir du 14 janvier 2007, Porte de Versailles, relativise le succès de l’opération. D’autant que non loin de là, à Vincennes, on annonce au moins autant de participants au meeting du grand rival socialiste. Le thermomètre Karoutchi ne semble plus au beau fixe. Et on se laisse aller à de mauvaises pensées : l’avenir de l’UMP, l’avenir du pays… l’avenir tout court. Roger Karoutchi s’en retourne sans triomphalisme vers la Madeleine. Il doute. Les caméras « d’Elysée 2012, la vraie campagne ! » s’éteignent sous la pluie.

Yoann GILLET

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