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29/04/2012

Le grand écart à droite

« Le front anti-national » est mort. Du livre de Nathalie Kosciusko-Morizet, il ne reste rien. En cette semaine d’entre-deux tours ou chaque voix, chaque soutien compte désormais, la danse du ventre à Marine Le Pen a remplacé la lutte « anti-FN ». Il est toujours violent de violer le temps, en rapprochant par-delà les mois et les événements deux situations aussi dissemblables. Septembre 2011, avril 2012, deux photographies de l’instant qui semblent raconter deux histoires radicalement différentes. Et pourtant, la première laissait déjà présager de la seconde. Il est toujours instructif de montrer que la politique reste, au-delà des idéaux, une affaire de conquête de pouvoir, avec des stratégies établies de longue date au sein des partis. C’est dans cette optique que la ministre de l’Ecologie d’alors se voyait confier la difficile mission d’incarner la lutte contre l’extrême-droite, tandis que Claude Guéant se frotterait, dans le cadre du ministère de l’Intérieur, au discours sécuritaire qui fait recette auprès d’une certaine droite. L’ange blanc et l’ange noir, symboles d’une famille politique qui entend ratisser large et tester les réactions de son électorat pour savoir sur quel terrain mener campagne.

Mais la lutte contre le Front National n’est pas affaire de nuance ou de demi-mesure. Et la question de la pertinence du casting pour mener cette lutte peut se poser légitimement en revoyant cette séquence. Face à Marine Le Pen, véritable « animal politique », quelle place restait-il à une Nathalie Kosciusko-Morizet qui semblait alors perdue dans ses fiches ? Un combat inégal et de toute évidence particulièrement dur à incarner pour la ministre au sein d’une droite qui joue le grand écart depuis le départ. Depuis 2007 en réalité.

Puis est venu le temps de la déclaration de candidature. Le Président était désormais candidat. Nathalie Kosciusko-Morizet devenait dès cet instant la porte-parole d’une campagne qui allait se mener à droite, très à droite. De porte-étendard de l’UMP contre le FN, la voici maintenant défenseuse des propos de Nicolas Sarkozy sur le Hallal ou encore le droit de vote des étrangers. Un grand écart difficile pour NKM qui tente tant bien que mal de faire le job face aux journalistes en conférence de presse. Mais ce n’est pas elle, ce n’est pas sa came, ce n’est pas son style et ça se sent. Et nous, l’équipe d’« Elysée 2012, la vraie campagne ! », nous voici observateurs privilégiés d’une confrontation censée s’ancrer sur les valeurs. De valeur, nous n’en voyons pourtant qu’une seule : celle de la démocratie ; une démocratie dans laquelle tous les coups semblent permis, même les plus vils, mais une démocratie malgré tout. Le jeu en vaut sûrement la chandelle. La fin justifie probablement les moyens. C’est en tout cas la seule chose à se dire si l’on ne veut pas détourner les yeux de ce récurrent spectacle qui n’apparaît pas très vertueux.

Yoann GILLET

17/04/2012

Le blues de Karoutchi


Roger Karoutchi ( extrait inédit n°1) - Elysee... par IMAGEETCOMPAGNIE

On ne se lasse pas du spectacle. Pourtant, c’était il y a cinq mois. A Toulouse. Quand tout semblait possible. Du temps où le président n’était pas encore candidat. Du temps où les sondages, photographie de l’instant, ne prenaient pas encore tout leur sens. Roger Karoutchi était là, comme toujours, de bonne humeur et enthousiaste pour assurer le show devant un public friand de cet humour si caractéristique du sénateur des « hauts de scène ». Roger le vanneur, Roger le moqueur, Roger l’orateur. Ce n’est sans doute pas un hasard si, pendant deux ans, il fut chargé des relations avec le Parlement en tant que Secrétaire d’Etat auprès de François Fillon. Il sait rassembler, il sait mettre le feu… il sait faire et se faire applaudir. Mais il est loin le mois de novembre… il est loin le temps des espoirs.

Nous sommes le dimanche 15 avril, à sept jours du premier tour. Aujourd’hui, c’est certainement l’un des plus grands meetings du candidat Sarkozy. Pour l’occasion, Roger Karoutchi a donné rendez-vous aux militants et sympathisants UMP des Hauts-de-Seine à la permanence de la « fédé », 97 avenue Achille Peretti, à Neuilly-sur-Seine. Quelques mots rapides du Sénateur pour organiser l’après-midi et encourager les troupes avant de laisser place au buffet, bien garni, pour prendre des forces. Il en faut des forces pour braver le froid de ce dimanche glacial. Il en faut des forces pour montrer à la France entière que sur la place de la Concorde, à Droite, on y croit encore ! Dans le métro, les jeunes militants s’emparent des wagons. Les cris de « Vive Sarkozy » viennent se plaquer sur la mélodie révolutionnaire de « Bella Ciao », emmenée par une trompette vagabonde d’un musicien de passage. Drôles de révolutionnaires. La prochaine révolution à mener pour l’UMP, c’est celle des chiffres ! Faire mentir les sondages, mobiliser pour consolider le socle du « président-candidat » et faire le plein de voix dès le premier tour ; voilà l’enjeu de cette démonstration de force place de la Concorde. Mais derrière les drapeaux, les slogans et l’hystérie collective, le doute est palpable. Dans la foule, Roger Karoutchi tente de se frayer un chemin. Les poignées de main, ça passe ; les questions un peu moins. « Alors monsieur Karoutchi, on va gagner ? » Le sénateur joue le jeu ; la mécanique est rodée. « Mais oui, on va gagner. » Seulement cette fois-ci, la prestation du comédien est à peine crédible. Il sait bien que l’engouement n’est pas celui d’il y a cinq ans. Il sait que la réserve de voix au second tour est infime. Il sait que « l’anti-sarkozysme », à gauche comme à droite, fait recette. Il sait que les sondages ne sont vraiment pas bons. Il sait, il sait, il sait… A la Concorde, on évoque le chiffre de cent mille personnes. Mais le souvenir du 14 janvier 2007, Porte de Versailles, relativise le succès de l’opération. D’autant que non loin de là, à Vincennes, on annonce au moins autant de participants au meeting du grand rival socialiste. Le thermomètre Karoutchi ne semble plus au beau fixe. Et on se laisse aller à de mauvaises pensées : l’avenir de l’UMP, l’avenir du pays… l’avenir tout court. Roger Karoutchi s’en retourne sans triomphalisme vers la Madeleine. Il doute. Les caméras « d’Elysée 2012, la vraie campagne ! » s’éteignent sous la pluie.

Yoann GILLET