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06/06/2012

Guillaume Peltier : Pas de passé! Pas d'avenir?

Faire campagne en assumant ou en se démarquant du bilan de Nicolas Sarkozy ? Voilà la problématique à laquelle se retrouve confrontés les candidats UMP aux élections législatives du 10 et 17 juin. Une question que Guillaume Peltier semble, de son côté, avoir déjà tranchée. Par choix ou, très certainement, par obligation. Car celui qui fut le monsieur sondage durant toute cette année, chargé de faire parler les chiffres pour valoriser le bilan présidentiel, celui qui fut aussi le porte-parole adjoint du « président-candidat » et porteur de cette droitisation de la campagne, aurait bien du mal à incarner, le temps des législatives, une nouvelle image.

Alors il faut assumer, jusqu’au bout, pour tenter de mobiliser sur le terrain, comme ici dans le quartier Rabelais à Tours, ces électeurs effrayés par ce nouveau paysage politique au reflet rose… qui bien souvent, dans les esprits, vire au rouge !

Le Tourangeau de 35 ans connaît bien son public. Il connaît ses peurs, ses angoisses et ses envies. Et la première envie de ses électeurs, c’est d’empêcher la vague rose de déferler sur la France. Alors Guillaume rassure, parle de drapeau tricolore et d’amour de la patrie. L’enjeu, finalement, ne semble pas si local. Il s’agit de créer un climat plus que de parler d’un programme pour la ville de Tours. D’ailleurs, l’ambition du candidat UMP est-elle réellement de remporter les élections législatives ? Il sait bien que la tâche sera ardue et ne semble pas y croire lui-même. Pourtant, Peltier est infatigable, intarissable et plus enthousiaste que jamais. Comme s’il n’y avait pas eu de défaite à la "Présidentielle". Comme s’il se battait pour autre chose. Comme s’il menait une autre campagne. Car pour cet ancien militant du FN, qui fut aussi porte-parole de Philippe de Villiers, l’objectif est aujourd’hui de faire oublier ses engagements du passé et d’incarner le rassemblement de la droite tourangelle. En d’autres termes, qu’il gagne ou qu’il perde, Guillaume Peltier doit devenir le patron de l’UMP à Tours et entrainer dans son élan le Centre pour faire consensus. Quid de la droite dite nationale ? Avec la députée européenne du Nouveau Centre Sophie Aucony comme présidente de son comité de soutien, on pourrait penser que le grand rassemblement a commencé. Mais au-delà des appareils, il s’agira de rassembler à terme une majorité de Tourangelles et de Tourangeaux susceptibles d'offrir à Guillaume Peltier les mandats dont il rêve depuis longtemps, ceux de maire et de député. Pour cela, il lui faut transformer son image, tout au moins la lisser, pour apparaître moderne et consensuel dans une circonscription où règne la Gauche et où la Droite est divisée. Côté modernité, Peltier a pour lui la jeunesse ; côté consensus, il tente d'effacer les traces de ses premiers pas dans le parti de Jean-Marie Le Pen. Reste Guillaume, fils politique et spirituel de Patrick Buisson, artisan du durcissement de la campagne de l’ancien "président-candidat Sarkozy". Pour s’imposer à Tours comme le leader naturel, Peltier le jeune devra-t-il, là encore, tuer le père ? Faire oublier son passé pour se créer un avenir. Le pari semble audacieux et la prouesse périlleuse. Le magicien des chiffres parviendra-t-il à faire disparaître d'un coup de baguette les épisodes embarrassants de sa vie politique ?

Yoann GILLET

07/05/2012

Ce soir : "Elysée 2012, la vraie campagne" sur France 3 à 20H35

 

Diffusé dès le lendemain du second tour, ce dernier volet d'Elysée 2012, la vraie campagne reviendra sur toute l'élection présidentielle à travers les six principaux concurrents et les forces politiques qu'ils ont représenté. Comment ont-ils réussi à devenir le candidat de leur parti ? Comment ont-ils mené campagne ? A quels enjeux devaient-ils faire face ? Comment s'y sont-ils pris pour tenter d'imposer leurs idées, leurs thématiques ? Quelles stratégies ont-ils choisi pour se faire entendre ?

Le résultat connu, c'est la fabrication d'un candidat élu président qu'"Elysée 2012, la vraie campagne" remet en perspective : comment le gagnant a-t-il gagné ?

Au plus proche des candidats, au cœur des états-majors et avec les militants, les équipes d'"Elysée 2012, la vraie campagne" nous raconteront ce grand moment de notre vie démocratique.


Entretien avec Serge Moati, l'animateur et producteur, réalisé à six jours du premier tour.

Comment envisagez-vous ce dernier épisode de 90 minutes ? Comment sera-t-il construit ?
Nous sommes déjà en train de monter près de 45 minutes de film, qui racontent l’histoire de cette présidentielle. Comme nous avons eu la chance de faire six films sur cette élection, nous avons vraiment une histoire au jour le jour, avec une quantité de rushes incroyable et plein de choses passionnantes que nous n’avons pas gardées sur le moment mais qui, avec le recul, prennent un relief étonnant. Nous avons même, grâce aux films que j’ai faits il y a longtemps, des images des campagnes de 2007, 2002, 1995, dans lesquelles nous puisons. Ce film diffusé le 7 mai commencera par la veille, par le vainqueur de l’élection, et puis nous ferons un flash-back sur l’avant-premier-tour, qui constituera le corps du film et ne bougera pas quelle que soit la fin. Il y sera question des primaires socialistes, de l’entrée en campagne de Sarkozy, de l’ascension de Marine Le Pen, de Mélenchon… Puis nous ajouterons ce qui va se passer entre le premier et le second tour, et évidemment ce qui va se passer au second tour. Le film se construit en temps réel, et bien malin celui qui en dira le héros final !

Comment vous organisez-vous pour les tournages ?
Nous avons constitué quatre équipes, dont moi, mais lors du premier et du second tour, nous serons sept équipes. Je serai présent à un ou deux QG, mais surtout je serai au montage, pour recevoir les images fraîches. Nous allons monter au fur et à mesure, toute la nuit, jusqu’au lundi midi, pour une diffusion le lundi soir. C’est un exercice très excitant, parce qu’on écrit l’histoire à cœur battant, à chaud. C’est la première fois qu’une chaîne, en l’occurrence France 3, fait un feuilleton sur la campagne. En général, je faisais un film au lendemain du second tour, et des blocs-notes après le Soir 3. Là, c’est différent, avec six films, plus ce septième pour le second tour, plus un autre qui arrivera pour les législatives. Le tout constituera une vraie histoire de 2012.

L’exercice est-il toujours aussi passionnant pour vous ?
Je fais ça depuis plus de trente ans, et je pense que j’ai gardé un œil vif, par moments un peu coquin, mais pas blasé. Chaque fois que je suis sur la scène derrière un homme politique, pendant un meeting, je suis souvent ému quand je vois la foule des militants, des gens humbles, des enfants juchés sur les épaules de leur père, des très vieilles personnes, des jeunes gens ardents… Ça m’émeut qu’on se passionne autant pour la chose publique. J’en ai marre qu’on se moque constamment de la politique, en disant que c’est ennuyeux. Moi je ne trouve ça ni dérisoire, ni clownesque, ni ennuyeux, mais passionnant.

Qu’est-ce qui fait selon vous la spécificité de cette campagne 2012, par rapport à toutes celles que vous avez couvertes ?
C’est la campagne de la profusion, du direct, de l’instantané, du multimédia et des réseaux sociaux. Les états-majors tweetent sans arrêt, pendant les meetings et les discours des candidats plein de gens tweetent. On ne voyait pas ça en 2007. Aujourd'hui, vous ne pouvez pas dire « j’ai envie d’aller faire pipi » sans que ça fasse le tour de la planète : « Machin a envie d’aller faire pipi... – Ah bon, qu’est-ce qu’il a ? prostate ? » Blague à part, c’est quelque chose de très étonnant. Il y a aussi la concurrence des portables et des toutes petites caméras. Il y a une centralisation des images dans les partis, et en même temps des milliers de personnes anonymes qui filment avec des téléphones portables et dont certaines images vont faire le tour de la planète via Internet. Ce sont des nouveaux défis pour nous, journalistes. La première campagne du XXIe siècle, c’est celle de 2012.

Et, sur le fond, comment qualifieriez-vous cette campagne ?
Elle est très clivée. Tout le monde dit qu’elle est ennuyeuse, mais moi je ne le crois pas. Au contraire, il se passe chaque jour quelque chose. Certes, la campagne est très longue, puisqu’elle a commencé dès les primaires socialistes. Là, Hollande gagne, et commence sa ligne droite. Depuis les primaires, il a fait un sans-faute, on verra si c’est une indication pour le second tour… Pour Sarkozy, ça a mis du temps à se déclencher, mais, à partir du moment où il s’est déclaré candidat, la campagne est entrée dans une deuxième phase. Le Pen, ça s’est passé en deux temps : la campagne de Marine, et la campagne de Marine Le Pen, Marine dédiabolisant d’abord son nom, voulant se faire un prénom, puis retournant aux fondamentaux. Il y a aussi le phénomène Mélenchon, qui a fait une montée incroyable. Tout cela est le contraire d’ennuyeux. C’est une campagne où des gens se sont révélés.

Est-ce qu’un candidat ou une candidate vous a surpris, et si oui lequel ou laquelle ?
Philippe Poutou nous a fait vraiment marrer, parce qu’au début tout le monde s’est demandé ce qu’il faisait là. Lui-même se posait la question ! Et puis il a fait une fin de campagne étonnante, avec son côté « je ne suis pas un pro, et on a le droit de faire de la politique sans être un pro ». Je trouve ça très bien, parce que ça s’appelle la démocratie.

Dans quel état êtes-vous après ces mois de tournage ? pas trop fatigué ?
Pas encore ! C’est après que ça va être dur, comme pour les candidats d’ailleurs, parce que nous suivons le même rythme qu’eux. Au lendemain du second tour, nous allons connaître une sorte de dépression. Il y a une période de décompression après un travail comme celui-là. Nous ferons une grosse fête avec toute l’équipe, à qui je tiens à rendre hommage : mes coréalisateurs Henry Marquis, Christophe Lancellotti et Vincent de Cointet, et deux rédacteurs en chef formidables, Yoann Gillet et Alix Maurin, qui sont de grands coordinateurs. Je les ai tous connus à l’époque de Ripostes sur France 5. Ce sont des jeunes gens très doués, qui arrivent à filmer en étant invisibles.

Est-ce encore possible pour vous d’être invisible dans les meetings ou les réunions des états-majors ?
C’est assez étrange. Quand je suis dans un meeting, tout le monde me connaît, les militants me prennent en photo, je fais partie du paysage, du décor. Comme je suis cabot, ça me fait toujours plaisir ! Et, parallèlement, dès que je tourne, je passe inaperçu, je suis un homme avec une caméra greffée. Je respire au rythme des politiques, mais sans créer avec eux de complicité oiseuse. Quand on filme, on oublie pour qui on vote, on est dans ce qu’on filme. Je suis un œil caméra.

Propos recueillis par Stéphanie Thonnet.

29/04/2012

Le grand écart à droite

« Le front anti-national » est mort. Du livre de Nathalie Kosciusko-Morizet, il ne reste rien. En cette semaine d’entre-deux tours ou chaque voix, chaque soutien compte désormais, la danse du ventre à Marine Le Pen a remplacé la lutte « anti-FN ». Il est toujours violent de violer le temps, en rapprochant par-delà les mois et les événements deux situations aussi dissemblables. Septembre 2011, avril 2012, deux photographies de l’instant qui semblent raconter deux histoires radicalement différentes. Et pourtant, la première laissait déjà présager de la seconde. Il est toujours instructif de montrer que la politique reste, au-delà des idéaux, une affaire de conquête de pouvoir, avec des stratégies établies de longue date au sein des partis. C’est dans cette optique que la ministre de l’Ecologie d’alors se voyait confier la difficile mission d’incarner la lutte contre l’extrême-droite, tandis que Claude Guéant se frotterait, dans le cadre du ministère de l’Intérieur, au discours sécuritaire qui fait recette auprès d’une certaine droite. L’ange blanc et l’ange noir, symboles d’une famille politique qui entend ratisser large et tester les réactions de son électorat pour savoir sur quel terrain mener campagne.

Mais la lutte contre le Front National n’est pas affaire de nuance ou de demi-mesure. Et la question de la pertinence du casting pour mener cette lutte peut se poser légitimement en revoyant cette séquence. Face à Marine Le Pen, véritable « animal politique », quelle place restait-il à une Nathalie Kosciusko-Morizet qui semblait alors perdue dans ses fiches ? Un combat inégal et de toute évidence particulièrement dur à incarner pour la ministre au sein d’une droite qui joue le grand écart depuis le départ. Depuis 2007 en réalité.

Puis est venu le temps de la déclaration de candidature. Le Président était désormais candidat. Nathalie Kosciusko-Morizet devenait dès cet instant la porte-parole d’une campagne qui allait se mener à droite, très à droite. De porte-étendard de l’UMP contre le FN, la voici maintenant défenseuse des propos de Nicolas Sarkozy sur le Hallal ou encore le droit de vote des étrangers. Un grand écart difficile pour NKM qui tente tant bien que mal de faire le job face aux journalistes en conférence de presse. Mais ce n’est pas elle, ce n’est pas sa came, ce n’est pas son style et ça se sent. Et nous, l’équipe d’« Elysée 2012, la vraie campagne ! », nous voici observateurs privilégiés d’une confrontation censée s’ancrer sur les valeurs. De valeur, nous n’en voyons pourtant qu’une seule : celle de la démocratie ; une démocratie dans laquelle tous les coups semblent permis, même les plus vils, mais une démocratie malgré tout. Le jeu en vaut sûrement la chandelle. La fin justifie probablement les moyens. C’est en tout cas la seule chose à se dire si l’on ne veut pas détourner les yeux de ce récurrent spectacle qui n’apparaît pas très vertueux.

Yoann GILLET

17/04/2012

Le blues de Karoutchi


Roger Karoutchi ( extrait inédit n°1) - Elysee... par IMAGEETCOMPAGNIE

On ne se lasse pas du spectacle. Pourtant, c’était il y a cinq mois. A Toulouse. Quand tout semblait possible. Du temps où le président n’était pas encore candidat. Du temps où les sondages, photographie de l’instant, ne prenaient pas encore tout leur sens. Roger Karoutchi était là, comme toujours, de bonne humeur et enthousiaste pour assurer le show devant un public friand de cet humour si caractéristique du sénateur des « hauts de scène ». Roger le vanneur, Roger le moqueur, Roger l’orateur. Ce n’est sans doute pas un hasard si, pendant deux ans, il fut chargé des relations avec le Parlement en tant que Secrétaire d’Etat auprès de François Fillon. Il sait rassembler, il sait mettre le feu… il sait faire et se faire applaudir. Mais il est loin le mois de novembre… il est loin le temps des espoirs.

Nous sommes le dimanche 15 avril, à sept jours du premier tour. Aujourd’hui, c’est certainement l’un des plus grands meetings du candidat Sarkozy. Pour l’occasion, Roger Karoutchi a donné rendez-vous aux militants et sympathisants UMP des Hauts-de-Seine à la permanence de la « fédé », 97 avenue Achille Peretti, à Neuilly-sur-Seine. Quelques mots rapides du Sénateur pour organiser l’après-midi et encourager les troupes avant de laisser place au buffet, bien garni, pour prendre des forces. Il en faut des forces pour braver le froid de ce dimanche glacial. Il en faut des forces pour montrer à la France entière que sur la place de la Concorde, à Droite, on y croit encore ! Dans le métro, les jeunes militants s’emparent des wagons. Les cris de « Vive Sarkozy » viennent se plaquer sur la mélodie révolutionnaire de « Bella Ciao », emmenée par une trompette vagabonde d’un musicien de passage. Drôles de révolutionnaires. La prochaine révolution à mener pour l’UMP, c’est celle des chiffres ! Faire mentir les sondages, mobiliser pour consolider le socle du « président-candidat » et faire le plein de voix dès le premier tour ; voilà l’enjeu de cette démonstration de force place de la Concorde. Mais derrière les drapeaux, les slogans et l’hystérie collective, le doute est palpable. Dans la foule, Roger Karoutchi tente de se frayer un chemin. Les poignées de main, ça passe ; les questions un peu moins. « Alors monsieur Karoutchi, on va gagner ? » Le sénateur joue le jeu ; la mécanique est rodée. « Mais oui, on va gagner. » Seulement cette fois-ci, la prestation du comédien est à peine crédible. Il sait bien que l’engouement n’est pas celui d’il y a cinq ans. Il sait que la réserve de voix au second tour est infime. Il sait que « l’anti-sarkozysme », à gauche comme à droite, fait recette. Il sait que les sondages ne sont vraiment pas bons. Il sait, il sait, il sait… A la Concorde, on évoque le chiffre de cent mille personnes. Mais le souvenir du 14 janvier 2007, Porte de Versailles, relativise le succès de l’opération. D’autant que non loin de là, à Vincennes, on annonce au moins autant de participants au meeting du grand rival socialiste. Le thermomètre Karoutchi ne semble plus au beau fixe. Et on se laisse aller à de mauvaises pensées : l’avenir de l’UMP, l’avenir du pays… l’avenir tout court. Roger Karoutchi s’en retourne sans triomphalisme vers la Madeleine. Il doute. Les caméras « d’Elysée 2012, la vraie campagne ! » s’éteignent sous la pluie.

Yoann GILLET

31/03/2012

L'espoir fait vivre François Bayrou

François Bayrou hibernait-il ces dernières semaines? La question mérite d'être posée. Il aura fallu attendre le 25 mars pour que le candidat « central » tienne son premier, oui, son premier grand meeting, en présence de tous ses soutiens officiels. A vingt-huit jours du premier tour, il était temps. Car après son envolée du mois de décembre suite à l'annonce de sa candidature, François Bayrou est en perte de vitesse dans les sondages qui le placent désormais en cinquième position. Il fallait répliquer. Alors, après l'effet Bourget de François Hollande, l'effet Villepinte de Nicolas Sarkozy et surtout juste après l'effet Bastille de Jean-Luc Mélenchon, le président du MoDem, a profité du passage à l'heure d'été pour remettre les pendules à l'heure et créer l'effet Zénith. Plus de six mille personnes et un message d'espoir pour lancer, ou plutôt relancer la campagne au centre et délivrer les électeurs du débat imposé Droite-Gauche. Et pas question de se laisser impressionner par les enquêtes d'opinion défavorables. Une démonstration de force, oui, mais toujours tranquille. En coulisses, juste avant d'entrer en scène pour prêcher la bonne parole dans un discours quasi mystique, François Bayrou affiche devant les caméras d'« Elysée 2012, la vraie campagne » sa sérénité.

« Il n’y a pas d’espoir du côté de chez eux ». Ainsi parlait François Bayrou qui, dans un lyrisme « Proustien », s’en prenait une fois encore au bipartisme UMP-PS. Un bipartisme dont le président du MoDem ne saurait pourtant se passer, car sa position stratégique d’homme du centre ne pourrait exister aujourd’hui sans cette géographie politique. « Un pas en avant, deux pas en arrière »... François le Français abandonne Proust pour emprunter à la lutte sociale un vocabulaire contestataire et tenter de s’imposer comme le premier opposant aux deux « grands » de cette élection. Mais la situation de 2012 n’est pas celle d’il y a cinq ans. Le parti socialiste, cette fois-ci, est en ordre de bataille, uni derrière son candidat ; précieux atout dont avait été privée Ségolène Royal. Et Mélenchon, plus fort que jamais, semble, pour l’instant, voler la vedette à celui qui fût l’arbitre de 2007. Alors, François Bayrou est venu parler d’espoir. Peut-être est-il venu en chercher aussi, au milieu de ces milliers de sympathisants rassemblés. Nos caméras ont filmé ce jour-là un meeting en grand. L’effet Zénith est à nos yeux réussi. Mais de ces six mille personnes venues des quatre coins de la France par navettes mises à disposition par le parti, qu’en est-il vraiment de l’électorat du centre. Les électrons libres qui ne veulent ni d’Hollande, ni de Sarkozy, auront-ils cette fois-ci encore le réflexe consensuel et « géographique » du vote centriste ? Mieux encore pour le candidat du Modem, se laisseront-ils envoûter par l’espoir porté, ou du moins invoqué, par le Béarnais ? Une chose est sûre pour l’homme du « milieu », il faudra bien regarder du côté de chez eux…

Yoann GILLET